Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 11:56

263463_233912566630380_100000349147875_787841_3569381_a.jpgOutre l'immense honneur qu'a été de serrer la main de Monsieur Attali (...), ce week-end a surtout été l'occasion de boire la délicieuse soupe néolibérale et mondialiste servie par le cercle des économistes!

 

Petits résumés [critiques] des conférences auxquelles j'ai assisté:

 

* Naissance, vie et mutation des États

(ou comment les citoyens sont priés de se la fermer)

 

Après avoir rappelé que la crise financière a mis en cause la gouvernance européenne, Christian de Boissieu (membre du Cercle des économistes) n'en démord pas: la crise doit justement nous conduire à se raccrocher davantage à cette même gouvernance européenne.

L'attaque des États par les marchés financiers demeure aux yeux des citoyens un "mystère", ceux-ci sont partagés entre crainte et incompréhension. Par conséquent, les dirigeants doivent nous apporter des réponses, enfin "une" réponse: construire ensemble une autre Europe...

 

Monsieur Fukuyama ouvre le "débat" en rappelant à juste titre qu'historiquement l'État a été créé afin de défendre sa population des menaces extérieures ainsi que des oligarchies locales.

On constate aujourd'hui la croissance d'un populisme de droite qui lui parait incohérent car la droite est à l'origine de la crise.

Comment l'expliquer? Personne à gauche n'est en mesure de proposer des solutions. Alors qu'une bonne administration suppose une grande délégation aux technocrates, on voit aujourd'hui se développer une crise de confiance, les dirigeants européens étant souvent captifs des groupes d'intérêts.

 

Pour expliquer le peu de confiance des citoyens dans les institutions européennes, Hubert Vedrine ajoute que l'abandon de souveraineté est aujourd'hui perçu comme un cadeau fait aux marchés.

Aussi, si la crise a conduit à un retour de l'État, elle n'a pas conduit à un retour des idées keynésiennes: la légitimité des États reste encore trop contestée par les marchés et les citoyens.

Pour remédier à cela, l'État de demain doit se doter d'une doctrine. Il ne doit pas être seulement un État "pompier", bureaucrate, social ou encore employeur. Il doit être un État protecteur et non protectionniste, un État planificateur. Autrement dit: un État stratège. Sans cela, les marchés auront le dernier mot..

Pour conclure, H. Vedrine adresse un petit mot sympathiques à l'attention des grecs: "La démocratie directe ne doit pas détruire ce qu'il nous reste de démocratie représentative".

 

La parole suit à Monsieur Rasmussen, Président du parti social-démocrate européen.

Histoire de ne pas perdre de vue que Monsieur est socialiste, il rappelle vaillament que tout relève de choix politique. Ainsi, la déréglementation aujourd'hui pointée du doigt, a été mise en œuvre à partir des années 1990 afin de promouvoir le commerce international. Problème: cette maximisation des échanges ne s'est pas accompagnée de régulation, d'outils au niveau international (moi qui pensait que c'était là justement l'objet d'une réglementation.. décidément le socialisme sera toujours un mystère pour moi).

Pour finir, alors que Monsieur Rasmussen dit douter que la somme des politiques nationales puissent mener à plus de croissance, il indique que le parti social démocrate européen nous propose un "plan b": une politique cohérente à l'échelle européenne grâce, notamment, à une gestion commune de la dette européenne (l'émission d'euro-bons).

 

Interrogés ensuite sur le fédéralisme, les participants répondent par de magnifiques pirouettes:

- M. Vedrine distingue un bon et un mauvais fédéralisme. Le "bon", qui consisterait à mettre en commun nos forces, n'est pas d'actualité. Le "mauvais", qui apparait aujourd'hui comme une fuite des États-nations, consistent à mettre en commun notre épuisement plutôt que notre ambition.

- M. Rasmussen préfère plutôt parler d'une "chaine démocratique". J'avoue qu'à ce moment là, au milieu d'un public fasciné par tant de bonté, un petit rire nerveux est sorti de ma bouche. Jugez plutôt: L'UE comprend différents niveaux de démocraties (locales, nationales et européenne) que le fédéralisme n'entend pas du tout (mais alors pas du tout!) remettre en cause.

 

Le meilleur pour la fin: M. Rasmussen rappelle au combien il serait opportun de consulter davantage les citoyens européens au moyen de référendums, tout en considérant cependant qu'un certains nombre de solutions peuvent être mises en œuvre sans toucher aux Traités.

Et à Christian de Boissieu d'enfoncer le clou: il s'agit de trouver des solutions sans ouvrir le débat constitutionnel. En effet, les citoyens se fichent des questions institutionnelles et se préoccupent uniquement de l'emploi et du pouvoir d'achat.

 

* Libéralisme et État Providence

(ou comment l'État Providence doit se plier à la loi des marchés)

 

Bertrand Jacquillat (membre du Cercle des économistes) ouvre le "débat": comment, face au mur de la dette publique, l'État-providence peut-il faire son grand retour? Réponse: la crise appelle à plus de compétitivité, l'État est prié de se recentrer sur ses missions régaliennes.

 

Suzanne Berger (MIT) estime quant à elle que l'État n'est plus le garant de la frontière entre libéralisme et État-providence. Alors que les populismes revendiquent la fermeture des frontières, il est illusoire de croire que cela nous garantira paix et prospérité.

La solution? Une gouvernance mondiale pour réguler l'économie internationale.

Les outils? Mettre notre destin entre les mains d'institutions supranationale sera considérée par le public comme une fuite des États, une solution du désespoir. Quant à la société civile, l'expérience démontre que cela ne peut se substituer au rôle des États: la solution doit reposer sur des entités juridiques. Il s'agit donc de mettre en place une coopération d'États-nations, l'État national restant la seule entité qui bénéficie d'une légitimité aux yeux des individus.

 

Le meilleur du néo-libéralisme: Andrei Shleifer (Harward).

Depuis trente ans, le monde a embrassé le capitalisme. La confiance dans le libre échange, aujourd'hui affectée par la crise, doit conduire à revoir le système de régulation financière. Faut-il pour autant plus de régulation au niveau national? La réponse est non, évidemment.

La preuve: l'Espagne, qui est une des économies les plus régulées en Europe, n'a pas échappée à la crise. Alors que l'État perd ses moyens et ne peut plus créer de richesses, la régulation empêche le secteur privé de créer lui aussi de la richesse. En vérité je vous le dis: les pauvres sont les exclus de l'économie de marché.

Il faut allier flexibilité et protection sociale.

 

* Comment l'Europe va-t-elle rebondir?

(ou le "Tout va très bien Madame la Marquise" de M. Trichet)

 

Qu'on se le dise: l'UE connait les mêmes problèmes que les États avancés. Le paradoxe de la zone euro est que si la situation est globalement correcte, c'est la "small picture" qui est inquiétante. Cependant, il serait faux de croire que les États-Unis ne connaissent pas eux aussi le même manque d'homogénéité que l'Europe. Une monnaie unique et un marché unique ne conduisent pas nécessairement à la convergence, d'où la nécessité de renforcer la gouvernance européenne.

Il est important de distinguer ce qui peut être fait aujourd'hui (cf. l'application rigoureuse du pacte de stabilité) de ce qui pourra être effectué demain ou après-demain via une réforme des traités (cf. la mise en place d'un ministère des finances européen).

A ce jour, si les États avaient appliqué rigoureusement le PSC, la situation serait bien meilleure. Or, le Conseil ne semble toujours pas prendre la mesure de la nécessité de renforcer la surveillance. La faute est à mettre sur la dos de nous, chers nationaux, qui, contrairement aux exécutifs, ne percevons qu'à retardement l'urgence de mettre en place des plans d'austérité. M. Trichet a ainsi insisté sur la nécessité de renforcer la communication aussi lucide que possible auprès de l'opinion publique. Nul doute que la BCE, véritable "ancre de confiance et de stabilité dans un monde particulièrement agité" saura nous expliquer.

 

* États, la nouvelle donne en Europe

(ou la seule mention à la possible fin de la zone euro)

 

Je vous passe la langue de bois omniprésente dans ce débat pour me concentrer uniquement sur l'intervention de M. Wolfgang Münchau (Eurointelligence ASBL).

A la question "La gouvernance européenne est-elle à la hauteur?", l'interrogé répond que celle-ci aura véritablement réussi lorsque nous cesserons de nous appuyer sur les modèles nationaux (notamment le modèle allemand).

En vérité, la gouvernance européenne est aujourd'hui face à un choix:

- devant les difficultés et les revendications de la Grèce, elle pourrait accepter son retrait de la zone euro. Le problème est qu'il est difficile de prévoir si la zone euro peut survivre au retrait d'un État membre.

- l'autre solution réside dans une union politique: socialiser la dette européenne via un emprunt à l'échelle de la zone euro.

Ce sera sans aucun doute la deuxième option qui sera retenue car, dit-il, les hommes politiques détestent les risques.

Bizarre quand on voit qu'ils s'en remettent aux marchés financiers me direz-vous...

 

http://www.lecercledeseconomistes.asso.fr/spip.php?page=rubrique&id_rubrique=153&lang=fr

Partager cet article

Repost 0
Published by Magali - dans Billets
commenter cet article

commentaires